Against witch/washing. (titre de travail)

Miroir_d_obsidienne

 

Pièce et publication en cours de création tout au long de l’année 2019

« They (the witches) were already “cyborgs”. They could manipulate signs, symbols, objects and bodies to effectively transform the world using chemists and its possibilities to change mental capacities, or by means of formulated laws and read statements, of new narratives about new realities, of body interventions that changed its functions, of sexual practices able to create non-normative identities … Their spells were effective, and nowadays they are labeled as art, politics, philosophy, technic, science, sexuality… »
The witches are non women (1)
Quimera Rosa

On pourrait, ou pas, ajouter bien des choses à l’abondante, essentielle et récente littérature féministe autour de la figure de la sorcière. Toutefois, avant que la sorcière  ne soit domestiquée, ne devienne absolument #tendance et que toutes nous allions nous munir chez Sefora(2) de kits de sorcellerie, je souhaiterais exprimer tous mes remerciements à celles qui font des recherches sérieuses(3) et rigoureuses pour tenter de réveiller la mémoire et de raviver, afin de lui rendre justice, ce génocide qui n’est pas encore terminé: celui qui annihile les corps et les savoirs situés, hors des normes et des conventions, ces savoirs qui sont au cœur du féminin, du marginal, de l’indigène , de transpécifique, du non-binaire, non blanc, non-hétéropatriarcal.

Le savoir sorcier englobe aussi bien des rapports de grand intensité avec le corps, son anatomie et sa physiologie, que des savoirs botaniques, chimiques et médicaux. Ces éléments structurent la pratique de la sorcellerie autour de la proprioception, car l’auto-expérimentation est de mise. Cependant, pour la sorcière il est tout aussi important de connaître l’environnement dans lequel elle évolue, afin de développer des stratégies relationnelles transpécifiques auxquelles on tend à donner le nom de « magie », même s’il s’agit dans les faits de pratiques tout aussi liées à l’écologie(4).

Dans le cadre de notre démarche, le sorcier ou la sorcière est avant tout celle ou celui qui agit avec son corps et ses savoirs en dehors de la norme établie, établissant avec le monde qui l’entoure des alliances vues comme illégitimes ou contre nature, bouleversant ainsi l’ordre de ce même monde tel que défini et mis en place par les structures dominantes de pouvoir.

Sexualité, savoirs et nouvelles alliances sont les terrains de non-contrôle, les territoires hors-normes invoqués par la figure de la sorcière.

La puissante et mystérieuse sexualité attribuée aux femmes savantes a de fait largement déterminé la structure du grand livre Malleus Maleficarum(5), bible des inquisiteurs européens doublée d’un manuel d’instructions indiquant comment repérer les sorcières et les tuer. On accusait entre autres ces êtres à l’indomptable appétit sexuel d’organiser, souvent dans les clairières reculées de forêts obscures, d’énormes fêtes, des sabbats joyeux où les sorcières se livraient à toutes les formes d’aberrations sexuelles, infamies qui se rajoutaient à leurs copulations quotidiennes avec le diable ou n’importe quel autre démon.

Savoir de soi, conscience et lien intime avec d’autres espèces, autogestion de la santé et de la sexualité, celle de soi en particulier : il fallait tuer ces mélangeuses et transformeuses de plantes qui pratiquaient des avortements, des accouchements, des massages contre la descente d’organes (vessie et utérus, la plupart de temps), qui ne se mariaient que rarement, n’avaient souvent pas d’enfants, osaient vivre seules, et « volaient sur un balay » grâce à une pommade dont elles s’étaient préalablement enduit le sexe.

Avec de tels antécédents, il semble difficile d’imaginer que ces personnes qu’on appelle « sorcières » n’aient pas eu, depuis des temps immémoriaux, la connaissance du clitoris et de la prostate et de leur rôle exubérant dans le plaisir sexuel de qui les possède. Qu’il soit et ait été, au cours de l’histoire, le sujet de mutilations, tabous et d’ablations, et ce dans les contrées et les cultures les plus diverses, semble d’ailleurs être la preuve que ces organes sont en effet un de sièges du pouvoir de la sorcière.

 
Le projet

Il s’agit de créer une installation performative où les visiteurs qui possèdent un clitoris ou une prostate se verront offrir la possibilité de vivre une expérience de plaisir transpécifique.

À l’aide de plantes, de minéraux et de minéraloïdes, nous souhaitons réactiver dans le corps de chacune la mémoire de la violence castratrice qui habite nos corps et leur histoire, nos savoirs, nos sexualités. Cette réactivation vise à provoquer et à encourager la dissidence par l’irruption du plaisir dans l’espace public.

Un publication du même nom sera aussi présenté le jour de la première.

 
Le dispositif

Un cabine rectangulaire blanche (4m x 3m x 2, 35m) est dotée de murs translucides qui agissent comme des écrans, sur lesquels sont projetés des images de fragments de corps végétaux : feuilles, racines, épines….

L’installation peut être expérimentée par une seule personne à la fois. Elle pénètre à l’intérieur de la cabine en laissant ses chaussures à l’extérieur.

Une fois à l’intérieur, elle enlève le bas de ses vêtements. Des plantes séchées se trouvent près d’elle ; elle en prend une poignée puis monte sur une plateforme tournante sur laquelle est installé un fauteuil. L’assise de ce dernier comporte un trou qui en occupe la plus grande partie. Elle jette la poignée d’herbes sur des pierres chaudes situées au fond de ce trou. Lorsque les herbes commencent à fumer, elle s’assoit puis attache autour de sa taille un tissu qui entoure le fauteuil. La plateforme commence alors tourner, projetant sur les parois translucides, pour les visiteurs restés à l’extérieur, l’ombre de la personne en train de se faire une fumigation génitale.

Un travail sur la lumière permettra de démultiplier son ombre en plusieurs tailles et selon plusieurs angles sur les écrans. Agissant en symbiose visuelle avec les images des plantes, ces ombres composeront le paysage visuel de l’installation.

La personne enveloppée par la fumée très odorante des plantes pourra observer tout autour de la cabine le cinéma qu’elle aide elle-même à construire. En même temps, elle découvrira des séquences sonores qui décomposent l’espace de manière très focalisée. Cette musique sera inaudible à l’extérieur de la cabine.

Après un moment, la plateforme s’arrête et la fumigation prend fin. La personne descend et se déplace vers une autre chaise, celle-là munie d’un repose-pied au centre duquel se trouve un miroir d’obsidienne. La personne est implicitement invitée à s’assoir avec le miroir entre les jambes. La lumière est tamisé et son ombre n’est plus projeté.

A côté de la chaise se trouve une petite table avec une dose de pommade préparée à base de plantes à la réputation aphrodisiaque, pouvant sans danger être appliquée sur les muqueuses. La persone pourra enduire sa vulve y compris son clitoris avec la pommade, elle peut aussi de temps en temps se regarder dans le miroir.

La personne sort quand elle le veut.

 

Fumigation:

La couverture de santé en médecine allopathique et les service de type sécurité sociale sont très chers, et de surcroît déficitaires, dans l’archipel Indonésien. C’est sans doute pour cela que la médecine indigène à base de plante médicinales et de massages y reste très vivante. Dans chaque ville indonésienne, on trouve des stands de rue qui proposent des préparations censées soigner tout type de mal. C’est ainsi que j’ai découvert, lors d’un voyage à Java, les fumigations génitales appelées Ratus, indiquées aussi bien pour prévenir le cancer du col de l’utérus que pour soigner ou calmer les symptômes des divers désagrément gynécologiques.

La forme galénique du Ratus reste tout à fait singulière, car les principes actifs montent avec la fumée dégagé par les plantes en contact avec du charbon brûlant, plutôt qu’avec de la vapeur d’eau comme dans d’autres traditions. Le Ratus est en effet un médicament « sec », tiède et très parfumé, qui procure lors de son administration une sensation voluptueuse, décontracte les muscles, enlève l’excès d’humidité et embaume l’esprit de son parfum.

Bali, l’ancienne île des dieux, qui offre bien-être et mysticisme au sein de ses nombreux paysages tropicaux idylliques, est aujourd’hui considerée la « place to be » pour des New Age aisés et des Hippie chics. Ils y séjournent quelques mois par année, diffusant sur Instagram des photos, avec leurs bambins parfaits et leurs épouses très belles, parfois enseignantes de Yoga durant leurs heures perdues. Libérés de tout complexe anticapitaliste, ces visiteurs cherchent, avec beaucoup plus d’argent et de glamour, les promesses de transformation spirituelle teintée d’exotisme qu’ont cherché leurs aînés dans les années 60-70.

Bali est aussi un paradis pour des couples qui désirent se marier. Depuis quelques années les « V spa » ont proliféré dans l’île. On peut y aller la veille de son mariage pour préparer sa nuit de noces, garantir qu’on sera propre et parfumée, le vagin bien ferme et serré pour le grand jour. Triste destin pour une technologie aussi ancienne que d’être réduite à l’exotisme des vagins prénuptiaux pour les touristes blanches et leurs époux. Il est infiniment dommage de voir le pouvoir et le sens de telles pratiques réduits à la domestication d’un mariage blanc, romantique et hétérosexuel.

Dans le cadre de ce projet, nous souhaitons rendre hommage à cette technique, ainsi qu’aux corps et savoirs par lesquels elle est rendue possible, avant que sa signification ne disparaisse et qu’on ne s’en souvienne seulement comme d’un conseil donné par Gwyneth Paltrow, la reine du Witch/washing. Car en effet, si les savoirs sorciers autour de l’anatomie du clitoris et de la prostate, ainsi que son rôle dans le plaisir sexuel, ont disparus pendant des siècles sous le poids des « avancés scientifiques », qu’est-ce qui subsistera de ce savoir de plaisir transpécifique?

Nous composerons pour ce projet notre propre mélange de plantes à brûler. Elles seront choisies parmi les plantes traditionnellement utilisées pour leur pouvoir aphrodisiaque, leur propriétés en médecine gynécologique, leur capacité à éloigner les mauvais esprits, ou leur aptitude à ouvrir les portes de la conscience vers d’autres dimensions.
Le miroir d’obsidienne et la pommade pour voler.

“Este unguënto con que las brujas nos untamos
es compuesto de jugos de yerbas en todo extremo fríos…
el deleite me tiene echados grillos a la voluntad”
Miguel de Cervantes
El coloquio de los perros

Une réactualisation de la pommade pour voler(6), sera crée au cours de notre résidence arts-science dans la société GENIALIS à Henrichemont. Cette entreprise est dédiée à la recherche et développement des techniques pour créer des cosmétiques par des processus physiques – et pas à travers de l’ajout des tensioactifs ou d’autres produits de synthèses- à fin de conserver les propriétés organoleptiques des plantes.

Nous souhaitons travailler au plus près des profils biochimiques des plantes choisies, permettant dans les écosystèmes, les communications interspécifiques avec le monde végétal. Même s’il s’agit d’une démarche spéculative, notre pommade, dans la généalogie du parfum, se trouvera au carrefour de la science, de la technique, de l’art et de la magie. Le parfum possède en effet une parenté historique avec la médecine, mais aussi une dimension magique ancestrale, philtre d’amour, talisman capable d’éloigner le malheur, de provoquer la transe et d’accompagner les morts dans leur chemin vers l’au-delà.

Cette pommade et son parfum végétal, sera propice à l’auto-expérimentation et le plaisir : quel sens y a-t-il en effet à parler du clitoris sans le toucher?

Dans le siège pour l’onction se trouve aussi un miroir d’obsidienne. Ce minéraloïde d’origine volcanique, dans les cosmovisions méso-américaines, représente la nuit, l’inconscient, ce qui est caché, mais qui, comme la Lune, reflète la lumière lorsqu’il fait noir… Placé entre les jambes de la personne qui réalise l’onction, le miroir lui permet de regarder, d’admirer, de contempler sa vulve, dans le reflet noir de la pierre polie.

Dans cette installation, on invoque l’obsidienne selon des modalités fort éloignées des « cercles de femmes »(7) -encore une récupérations du type witch/washing- de plus en plus présentes sur toute la planète, où, le miroir d’obsidienne, la jupe ou le tabac sont utilisée à des fins assez essentialistes additionnant à tout va reproduction et binôme indisoluble nature/femme. Ces tendances, qui mélangent divers éléments des cultures amérindiennes s’éloigne, par leur exaltation de l’amour et du « féminin sacré », de la colère et l’action disruptive propres à la sorcière et à ses sabbats. Ici, le miroir reflète la beauté de celle ou celui qui prend et transforme sont plaisir sexuel en bombe antipatriarcale, et qui, regardant sont clitoris, a aussi une pensée pour sa prostate, et pour les rivières de plaisir qu’elle fait couler.

Fanzine:

Une publication sera associe à cette installation performative, dans la suite de la publication « Devenir plante sorcière machine, transhackfeminisme gynécologique en Joyeuse dystopie ». réalisée autour de la performance du même nom à Click Festival 2017.

Against witch/washing (titre de travail) est un projet d’Aniara Rodado en Coproduction avec la plateforme d’art visuels de Bourges ENSA, Bandits-Mages et Emmetrop et La Chaire arts & sciences de l’École polytechnique, de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs-PSL et de la Fondation Daniel et Nina Carasso et beneficie d’un accueil en résidence en entreprise avec le soutien du ministère de la culture et la société GENIALIS à Henrichemont. Reste de coproduction en cours.

Pièce et publication en cours de création tout au long de l’année 2019

 

1-Quimera rosa, http://quimerarosa.net/text/the-witches-are-not-women/

2-http://www.thefashionlaw.com/home/sephora-is-being-called-out-for-cultural-appropriation-by-a-bunch-of-witches

3-Pour citer 3 classiques: Federici Silvia, Caliban et la sorcière: Femmes, corps et accumulation primitive.
Starhawk, Rêver l’obscur: femmes, magie et politique.
Ehrenreich Barbara, English Deirdre, Sorcières, sages-femmes et infirmières: une histoire des femmes et de la médecine
On peut aussi lire le livre très bien documenté de la journaliste Mona Collet, Sorcières: La puissance invaincue des femmes

4- On pourrait nommer ici une pratique de régulation écologique amazonienne: Eclatement du « moi » du Chaman, via l’ingestion d’une boisson à base de plantes, dont l’Ayaguasca, à fin de pouvoir parcourir dans le corps d’un Jaguar tout le territoire et vérifier les éventuelles déséquilibres écologiques, car seul un prédateur omnivore et sélectif comme le Jaguar peut savoir où les ressources commencent à se fatiguer.

5-https://fr.wikipedia.org/wiki/Malleus_Maleficarum

6-dont on peut d’ailleurs se procurer quelques exemplaires sur Easy, mais à frotter sur les tempes, les poignées ou le troisième oeil…wicht/washing?

7- Pour un regard plus approfondie sur ce phénomène, Rodado Aniara Hacking de alto nivel: Meterte el cosmos en el cuerpo https://hysteria.mx/hacking-de-alto-nivel-meterte-el-cosmos-en-el-cuerpo/

¿Cómo decir nosotrxs?

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Fotos Hanna Quevedo CC BY 2.0

Junto a Jean Marc Chomaz tuvimos el honor de ser invitadxs a Ciudad de México, al Festival Transitio 2017 ¿Cómo decir nosotrxs?, curado con inteligencia y amor por Pedro Soler, haciendo equipo con Daniela Moreno Wray. Debíamos bailar e instalar Transmutation de base/Alien-Migration y yo debía hablar « De las alianzas » durante el Parlamento, corazón del festival.

El sismo del 19 de septiembre nos atravesó violentamente y hubo que tomar muchas decisiones en medio del caos, el miedo y el dolor. El Centro Nacional de las Artes consideró que la opción mas adecuada era anular el festival. Pero lxs invitadxs ya estábamos casi todxs allí, confusxs, afectadxs y juntxs, preguntándonos que hacer. ¿Tiene sentido hacer arte en medio de los escombros? ¿Es moralmente aceptable desenterrar cadaveres mientras se realiza un festival?

« Interesarse a las ruinas no significa contemplar un paisaje desolado, si no aprender a captar aquello qué, discretamente, entre ellas se trama. En las ruinas pueden pasar muchas cosas, cosas intrigantes, sorprendentes o espantosas (…) Las ruinas exigen aquello que Ana Tsing llama « el arte de observar » (art of noticing). Y piden contar historias que nutran la imaginación y la sensibilidad, más allá de lo que podría ser considerado como « archivado sin continuación » reaccionario, irrisorio o insignificante.

(…)

Aprender a contar historias amorales porque estas son contadas a múltiples voces, con consecuencias en cascada, que no respetan la diferencia entre aquello que tiene valor y aquello que puede ser descuidado, es tal vez aprender a cultivar un tipo de saber crucial, cuando se trata de aprender a vivir entre las ruinas, allí donde todo idealismo, toda fijación a abstracciones que justifican el poder de « simplificar » y que no contemplan el arte de observar, llevan al desastre »(1)

Observándonos y entregándonos a los duelos, las angustias, las carreras, el polvo, las grietas, la recolección de víveres, los cambios de alojamiento, las asambleas y los abrazos, confirmamos la pertinencia de cuestionarnos ¿Cómo decir nosotrxs? desde nuestras prácticas en estos tiempos distópicos. Fue como atravesar un umbral muerte/vida, transformándonos transformamos, y contagiadas por la fuerza de lxs mexicanxs, decidimos seguir en medio de las ruinas con la pregunta del festival, y darnos la oportunidad de explorar(nos) bajo los influjos de esta presión telúrica, que a mi parecer es solo una descarga concentrada de lo que en este momento, a otras escalas de tiempo y espacio, es la vida cotidiana de la vida en nuestro planeta.

El festival Transitio 07 se anuló y ¿Cómo decir nosotrxs? existió gracias a la capacidad de resiliencia de todxs. El colectivo Luz y Fuerza y lxs otrxs habitantes de La Casa del Espectro Electromagnético nos albergaron, y fueron sede de esta especie de « off » organizado por los invitados del « in » que se había anulado. Inolvidables la cancelación inmediata de la pagina web del festival y el twitter escrito desde el CENART « Actividad que continúe o se lleve a cabo como parte del festival está fuera de la responsabilidad de la Secretaría de Cultura y del CENART ». Por suerte para existir no necesitamos que nadie se responsabilicé por nuestros actos.

En Quito, en 2012, durante labSurlab #2, tuvimos una mesa de tecnologías ancestrales (2) que coincidió con la celebración del Inti Raymi (3) y que para muchxs de nosotrxs fue un punto de inflexión en una transformación radical de nuestras prácticas, dando impulso a esa tarea -mezcla de brujería, arqueología y lucha libre- que consiste en tratar de crear mientras dinamitamos nuestro zócalo de seres ultracolonizados que trabajan con tecnologías sobre todo digitales/electrónicas. Para Transitio 07 Pedro Soler había ido más lejos programando en el festival de arte y tecnología más importante para hispanoamérica, una ceremonia de apertura augurio y agradecimiento Mazateca, guiada por Santiago Ortela y Betty Torres, alta Bio-tecnología de Abya Ayala. (4)

Para abrir ¿Cómo decir nosotrxs? Nos reunimos en el Bosque de Chapultepec, la ceremonia fue una serie de gestos, ofrendas, seres, olores, bebidas y palabras cuyo común denominador era el dar y el recibir, reanudar pactos de simbiosis tantas veces rotos. Al final del ritual escapamos corriendo en diferentes direcciones bajo una lluvia maciza, pues como dijeron Betty y Santiago « llovió como siempre, después de la ceremonia toca limpiar… »

Alianzas y cuidados no faltaron, y antes de instalarnos en La Casa del Espectro Electromagnético, fuimos acogidos por el Punto Gozadera y por Diego Aguirre en su maravillosa casa, para luego despedirnos en una exorcistica fiesta en Casa Gomorra.

El Parlamento inicialmente previsto se volcó completamente en Radio Parlamento (5) que transmitió por internet y resonó desde los altavoces puestos en las ventanas, por aquella calle de la Colonia san Rafael. Como un eco a las radios encendidas y a todo volumen que salían de los carros y los buses el 19 de septiembre justo después del sismo, mucho antes de que la gente empezara a abrir sus puntos wifi… El poder de la radio en todo su esplendor.(6)

Al rededor de la radio, con los recursos que teníamos y apoyándonos en las contingencias, abundaron los performances, textos, conciertos, etc. Conmemoramos un año más de los 43 (7) que nos faltan. Arcángel Constantini lo dijo fuerte con sus luces que ciegan y no son para ser vistas. Geraldine Eguiluzy y Anne Goldemberg crearon una instalación de descanso colectivo en esos días de descarga y exceso. Martin Howse hizo cantar tierra teotihuacana como tratando de aliviar la tensión tectónica. Constaza Piña y Melissa Aguilar transformaron su instalación no realizada en publicación(8). Robertina Sebjanic se fue a ayudar en las calles de la Roma y gracias a ella todxs estuvimos un poco ahí. Susana Pácara y Sandra Cossio nos trajeron de Bolivia toda su experiencia haciendo radio, su lucha contra la violencia machista y su elegancia Chola. Diego Aguirre, Lucia Egaña, Maka, Yuliana Rodriguez y Duvan Rueda formaron un equipo de radio sexi y eficiente y eso se agradece en medio de tanto mareo. -síntoma físico y no metáfora, qué no me abandonó hasta que regresé a Paris.

En ¿Cómo decir nosotrxs? Tuve la suerte de bailar al son tecnochamanico de Interespecifics-Paloma Lòpez y Leslie Garcia, acompañada por mas de 40 variedades de plantas, por Corazón de Robota, por Melisa Aguilar y por la brillante luz de Viviana Diaz. En esa mezcla de elementos extraídos de nuestras investigaciones habitamos un espacio haptico, vibrante, olfativo, promiscuo, húmedo. Humus, esa era nuestra invocación. Fundirse y perder la forma dentro de un caldo aromático.

Otro momento que me movió el piso fue compartir con Leslie Garcia la lectura por primera vez y en directo por Radio Parlamento del texto de Michael Marder Nosotrxs y el destino de la diferencia sexual, o — !Dilo con las plantas!(9) Parece que el sino de la urgencia es la fragilidad y la osadía, leer un texto así de bello y de complejo, sin ensayar y de una vez al micrófono !fue pura acrobacia!

Radio Parlamento nos permitió especular sobre ese nosotrxs, Lo que allí sucedió es sin duda fermento para múltiples formas de existir, de nosotrxs, de nuevas/primitivas estrategias para crear e investigar. No tengo ni la mas mínima duda.

También queda la estadística para demostrar que se pueden hacer curadurías, donde el factor dominante no sean hombres blancos:

Porcentajes de participantes:

64% Se identifica como mujer
36% Se identifica como hombre.

56% Mexico
20% America Latina
13% Europa
9 % America del norte
1 % Asia
1 % Africa

En física todo es cuestión de escalas, es por eso que no podemos confundir el estado del tiempo con el clima… lo que aprendimos en esos días necesita tiempo y múltiples formas para emerger, seguimos observando. Este texto solo pretende recordarlo, no se distraigan que ahí seguimos y cuenten con nosotrxs para hacer de esta distopía un paisaje lleno de alegres alianzas.

 

 

Notas:

  1. Prefacio de Isabelle Stengers a la edicón francesa de The Mushroom at the End of the World: On the Possibility of Life in Capitalist Ruins. La traducción es mìa.
  2. « En el LabSurLab Quito 2012, y tal vez específicamente una mesa de trabajo que tuvo por nombre “tecnologías ancestrales”, que además fue el 21 de junio, día de la celebración del Inti Raymi, tuvimos un momento chamánico, un remix de rituales porque habíamos invitado un indígena de Oaxaca, de la Radio Jenpoj, también invitamos a Gustavo Ulcue del Cauca, Eliana Champutiz de Ecuador y Kuruv, indígena Mapuche, cada uno nos compartió cómo se celebra en sus comunidades este día, e hicimos un poco de cada ceremonia, luego de eso nos sentamos a conversar sobre las tecnologías ancestrales. Y fue una discusión muy bella, los hackers casi lloraban, los compas indígenas eran los que coordinaban la mesa y nos empezaron a contar cuáles eran las tecnologías más ancestrales en sus comunidades, la luna, el viento, los instrumentos, la música, la danza, las plantas medicinales, entre otras tecnologías, a las que se ha sumado el Internet, por ser una potente herramienta de comunicación, por su instantaneidad para estar en constante dialogo local y global… » Tatiana Avendaño en http://codigo-abierto.cc/los-estudiantes-colombianos-devolvieron-la-posibilidad-de-lucha-organizada-al-pais/
  3. https://es.wikipedia.org/wiki/Inti_Raymi
  4. https://es.wikipedia.org/wiki/Abya_Yala
  5. http://www.radioparlamento.net/
  6. « Radio is also one of these arcane and once magical technologies but which has become a fundamental part of the infrastructure of contemporary life, war and resistance. The discovery of the capacity to transmit signals by electromagnetic waves meant a decisive shift in communications and a new era for global humanity, announced by thinkers such as Marshall Mcluhan. Radio is also the medium selected for the documentation of the festival and to share it in real time anywhere on the planet. Cheap, accessible and the continuation of orality in digital technologies, radio is and has been fundamental to indigenous and popular resistance movements throughout south america. Community radios, like the Bartolina Sisa women’s network in Bolivia or Radio Waruguma and the other Garífuna Radios in Honduras, continue to provide information and counterinformation for autonomous organisation, defence of territory, education and entertainment. In Transito the radio is a homage to the history of radio and a work in itself by a group of Latinamerican radio activists (from Bolivia, Chile, Colombia and Mexico), using the raw material of the festival to weave a new tentacular entity, another way of seeing nosotrxs, as well as being the official medium for documentation. In addition, in these times of media saturation where everything is photographed and absorbed into the endless spectacle, radio preserves visual anonymity and a degree of technological sovereignty, enabling participation without threatening privacy. » Texto curatorial de Pedro Soler, Para Transitio 07
    http://word.root.ps/wp-content/uploads/2017/09/curatorial_v010217_ENG_final.pdf
  7. https://www.amnesty.org/es/latest/news/2016/09/ayotzinapa-el-brutal-mensaje-de-la-ausencia/
  8. https://issuu.com/axolotlcr/docs/librokhipu_issuu_engtest
  9. https://archive.org/details/MichaelMarderNosotrxsYElDestinoDeLaDiferenciaSexualODiloConLasPlantas

1_CeremoniaChapultepec

Otros textos sobre ¿Cómo decir nosotrxs?:

particulas de amor activas : dispersión, desparrame, constellación

https://tanianavarretefoto.wordpress.com/2017/11/01/resena-de-viaje-ciudad-de-mexico-como-decir-nosotrxs/

Las maravillosas fotos de Hanna Quevedo:
https://archive.org/details/fotosNosotrxs

Otras maravillosas fotos:
https://archive.org/details/IMG0004_201712

Notación y transmisión del movimiento de un eucalipto y de una ruda. Hacia una danza post-antropocéntrica

Desde 1896 gracias al botánico Wilhelm Pfeffer y sus primeras imagenes del movimiento de las plantas, realizadas con la técnica del time lapse (cronofotografia), se empezó a romper la idea según el cual solo los animales podíamos movernos, argumento muy usado en la época para afirmarnos superiores a los vegetales .

En este devenir planta, durante la residencia ABBAS en C3A he estado explorando pistas coreográficas y de análisis y notación del movimiento de una ruda y un eucalipto.  Confrontando mis observaciones y las particularidades del cuerpo vegetal, a las bases de la notaciòn Laban, he podido observar las nociones antropocentricas que la danza « academica » vehicula y reproduce.

Esta investigaciòn sigue abierta, por ahora un video que reproduce 5 dìas en la vida de un eucalipto y una ruda, y una hora de « quietud » en la nuestra.

4 dìas en la vida de un Eucalipto y una ruda. from aniara on Vimeo.

Una hora de inmobilidad en nuestras vidas y 5 dìas en la vida de una ruda y un Eucalipto from aniara on Vimeo.

elif n°1 : Résistance électronique, stratégie éditoriale et cyberféminisme

Pour introduire nos stratégies cyberfeministes, dans le contexte du premier  elif , voici un texte chanté à plusieurs voix. (Lecture réalisé avec Jules Wiltalker )

AniaraJules

Aniara:

Dans cette journée cyberfeministe, nous souhaitons en première lieu nous rappeler que malgré la fascination monstrueuse qui exerce sur nous le cyborg il n’existe pas de cyborg que ne soit pas défini en termes de genre classe social et race. Car celles-ci sont les premières technologies qui nous habitent-que nous habitons.

Julia :

Un corps a de la mémoire, il porte dans ses chairs l’emprisonnement d’Angela Davis, la chasse aux sorcières, les trans assainisses dans n’importe quelle frontière, chez elle.

Aniara :

C’est pour quoi dans cette généalogie cyborg nous voulons nous placer du coté du transhackfeminisme, c’est à dire un transfeminisme dont la façon d’opérer consiste à hacker tout ce qui l’entoure.

Julia :

Ça ne nous suffit plus de n’être que des femmes. Le sujet politique du féminisme, le sujet «femmes», est trop étriqué pour nous. Il est en soi excluant et laisse de côté les gouines, les trans, les putes, les voilées, celles qui gagnent peu et qui ne vont pas à la fac, celles qui crient, les sans-papiers, les pédés…

Dynamitons la binarité du genre et du sexe comme pratique politique. Suivons le chemin que nous avons entamé, «on ne naît pas femme, on le devient», continuons de démasquer les structures de pouvoir, la division et la hiérarchisation. Si nous n’apprenons pas que la différence homme/femme est une production culturelle, comme l’est également la structure hiérarchique qui nous opprime, nous renforcerons la structure qui nous tyrannise: les frontières homme/femme.

Aniara :

Tout le monde produit du genre, nous produisons de la liberté. Argumentons avec une infinité de genres…

Jules:

Le préfixe «trans» nous parle d’alliance. C’est un terme qui définit le féminisme comme un ensemble de pratiques et de théories en mouvement tout en rendant compte de la pluralité des oppressions et des situations. (…) C’est dans ce sens-là que des demandes comme celles des travailleuses du sexe, des gouines, des personnes migrantes, des grosses, des handi, des précaires ou des trans peuvent se retrouver dans le transféminisme pour travailler autour de revendications communes sans pour autant occulter leurs spécificités.

Aniara:

Le Teanshackfeminisme est un transfeminisme dont la façon d’opérer consiste à hacker tout ce qui l’entoure.

Le transhackfeminisme comme tout cyberfeminisme, inscrit notre histoire dans celle des techno-sciences, démontant le paradigme nocif et trop long temps entretenu d’un clivage entre nature et culture. Faisant ainsi lumière sur un sujet qui habite un corps et circule dans des technologies en les re-signifiant. Il n’y a pas de cyberféminisme sans corps.

C’est donc depuis le corps que nous parlons. Mais c’est quoi un corps humain? Quelles sont ses bords ses limites?

Julia:

Nous savons grâces aux technologies médicales de pointe qu’entre 3 et 5 kilos de notre poids corporel est en effet celui de notre microbiome et que l’équilibre de notre santé est sérieusement mit en danger quand lui, il ne va pas bien, alors que ce sont des microbes qui nous colonisent et pas « moi »…

Aniara:

Les technologies chamaniques amazoniennes, par exemple, éclatent le « moi » via l’ingestion des plantes comme l’Ayaguasca à fin de pouvoir parcourir dans le corps d’un jaguar tout le territoire et vérifier les éventuelles déséquilibres écologiques, car seulement un déprédateur omnivore et sélectif comme le jaguar peut savoir où les ressources commencent à se fatiguer.

Jules:

Les sorcières aussi ont générée des relations différentes avec leur entourage : Les plantes, les animaux et les connaissances. Elles étaient de cyborgs car elles ne respectaient pas les frontières identitaires entre espèces. Elles étaient des cyborgs de par leur relation avec les technologies et la production de connaissances.

Aniara:

Les technologies que nous venons d’évoquer, sont aptes à la visualisation et à l’élargissement de la perception de soi et de l’écosystème et sont une bonne manières de vous parler de types de technologies qui nous intéressent.

Jules

Une technologie transféministe NE PEUT PAS être un « concours de bites »

Ce que j’appelle un “concours de bites” est, dans les milieux technologiques, une pratique si habituelle qu’elle est déjà naturalisée (comme le “lust for results”). Dans le concours de bites, il n’importe pas ce que tu fais avec la tienne, sinon quelle taille elle a et combien elle tarde à devenir dure. C’est un sujet d’efficacité et de présence depuis un seul point de vue. Dans le concours de bites, rien n’est coté qui ne soit pas une bite, et en chair (rien qui ne soit pas un gadget, un artefact, une machine, rien qui n’ait pas au moins un circuit intégré, un code informatique). Dans le concours de bites, ne sont pas cotés les processus, ni les observations, ni les narratives, ni les sens. Il s’agit d’une dynamique chosifiante et matérielle, et d’un certain point, d’un aberrant essentialisme technologique.

Aniara

Le concours de bites NE SERT PAS comme méthodologie pour apprendre quelque chose, mais uniquement pour admirer des choses. C’est une dynamique basée sur la propriété (“regarde comme il est beau MON machin”) et cette pratique reste donc exclue de celles que nous nommerons comme Transhackféministes

Jules:

Une technologie transféministe devra être anticapitaliste, désindustrialisée et basée sur le principe de la différence

La technologie capitaliste est orientée vers la perte progressive d’autonomie. Une technologie anticapitaliste n’a ni numéros de série, ni usines, ni nuages blancs sur fonds célestes. Une technologie anticapitaliste n’est ni dans les nuages ni en Chine parce qu’elle est, entre autres, dans la chatte rebelle qui se résiste au protège-slip comme paradigme de l’homogénéisation castratrice (parce que oui, il y a également castration au-delà de la psychanalyse et au- delà de la peur de perdre le phallus, comme dans les technologies de l’odorat que propose Evax).

Aniara

Une technologie anticapitaliste sera transféministe parce qu’elle ne sera pas dans les nuages, parce que quand s’ouvre le code apparaissent toutes les immondices de son écriture, apparaissent les bugs, apparaît l’ingénierie fine de la monogamie comme production de faute, apparaissent les mouvements perpétuels de l’auto-pénétration, les rayons X et les presets par défaut, comme quelqu’un qui dit : le système d’exploitation par défaut est Windows, la sexualité par défaut est blanche et monoparentale, l’habitude est une niche du marché, et quand les codes sont ouverts rien de ceci n’est crédible parce que cela parait si banal et si « original » que cela ennuie grave.

Jules :

La répétition est ennui. Une technologie transféministe se base sur la ponctualité du petit geste, sur la sérendipité, sur la synergie et l’occasionnel.

Aniara

Une technologie transféministe est analphabète et promeut les méthodologies queers

Jules.

« Une méthodologie queer est, en un sens, une méthodologie charognarde, qui utilise différentes méthodes pour collecter et produire de l’information sur des sujets qui ont été délibérément ou accidentellement exclus des études traditionnelles du comportement humain. La méthodologie queer tente de combiner des méthodes qui paraissent souvent contradictoires entre elles et refuse la pression académique d’une cohérence entre disciplines.» (Halberstam, 2008, 32).

Aniara

Une technologie transféministe n’a pas peur

Une technologie transhackféministe n’a pas peur, pas peur des machines ou de l’auto-exploration du corps, pas peur de savoir ce qu’il y a à l’intérieur, le col de l’utérus et l’au-delà (plus loin encore). Une technologie transféministe sera un exercice de perte de la peur, une recherche pour savoir comment connecter les câbles (culturels ou machiniques) dans les caisses grises que sont parfois les corps ou les ordinateurs portables. Une technologie transféministe se moquera de l’obsolescence programmée du corps pour programmer l’obsolescence du genre, de même interviendront les machines, recyclera les vies des vieilles guimbardes, ouvrira les portables ou connaîtra les plaisirs de l’anus.

Jules:

Une technologie transhackféministe n’a pas peur, pas peur des machines ou de l’auto-exploration du corps, pas peur de savoir ce qu’il y a à l’intérieur, le col de l’utérus et l’au-delà (plus loin encore). Une technologie transhackféministe sera un exercice de perte de la peur, une recherche pour savoir comment connecter les câbles (culturels ou machiniques) dans les caisses grises que sont parfois les corps ou les ordinateurs portables. Une technologie transhackféministe se moquera de l’obsolescence programmée du corps pour programmer l’obsolescence du genre, de même interviendront les machines, recyclera les vies des vieilles guimbardes, ouvrira les portables ou connaîtra les plaisirs de l’anus.

Avec:

Lucia Egaña Rojas

Klau kinki

Quimera Rosa

Itzar Ziga

Miriam Solá

Brigitte Luis Guillermo Baptiste

et Jules Wiltalker pour le GIF

Une généalogie bâtarde pour des médias zombies ?

Aniara_BeyondDance

Image du livre Rehearsing Collectivity: Choreography Beyond Dance de Franco, Berardi Bifo; Carlo, Tina di; Brandsletter, Gabriele Author Published by Argobooks, Germany(2012)

We find Ghazala’s explorations similar in spirit to media archaeology and propose a stronger articulation of media archaeology as an art methodology—and furthermore not only an art methodology that addresses the past, but one that expands into a wider set of questions concerning dead media, or what we shall call zombie media—the living dead of media history [15] and the living dead of discarded waste that is not only of inspirational value to artists but signals death, in the concrete sense of the real death of nature through its toxic chemicals and heavy metals.

Zombie Media: Circuit Bending Media Archaeology into an Art Method

Garnet Hertz and

Jussi Parikka

Mon rapport aux technologies au sein de mon travail artistique semble déterminé par deux facteurs : le fait d’être chorégraphe et le fait d’être née dans ce qu’on a tant appelé le tiers monde. Le premier conditionne mon attention à des questions comme les relations entres les corps, les machines, la perception, le mouvement et l’espace. Le deuxième combat ma possible fétichisation des outils technologiques, en me rappelant qu’une bonne partie de l’humanité n’a pas accès à tout cela ou que les ravages écologiques que nous constatons aujourd’hui sont aussi accélérés par les modèles actuels de production et distribution de « nos machines ». Les deux ont en commun le fait de s’insérer dans des écosystèmes médiatiques, des matérialités et des subjectivités très complexes.

Je souhaite donc me situer, dans cette auto-réflexion publique, dans cette filiation bâtarde, métisse et hautement affective.

J’aime l’intensité du moment où la vidéo s’anime avec les présences sur scène, l’instant où les capteurs m’informent sur le niveau d’oxygène d’un lieu, sur la vitesse d’un geste, quand le danseur ne sais plus si c’est lui qui performe ou si c’est la machine qui est en train de le performer, quand les spectateurs sont suivis par le son ou ébloui directement par la lumière, quand les machines me permettent de les toucher littéralement ou d’échanger avec eux hors de mes frontières physiologiques.

Je ne cache pas que souvent je me laisse emporter par la fascination des signaux électriques véhiculés par des appareils électroniques, et je pense que c’est parce qu’il s’agit d’un flux qui se réactualise et existe dans un intervalle de temps, dont la survie ou disparition semble si fragile. Tout pareil qu’avec mon corps, tout pareil qu’avec les relations humaines, les écosystèmes, les aléas des rapports avec l’équipe d’une création, l’obsolescence, les formats incompatibles, les défauts des machines, l’interdépendance avec mes collaborateurs, la précarité des moyens de production.

Sans doute suis-je conditionnée par le fait d’avoir démarré ces pratiques dans des hackers spaces et autres labs, qui a priori ne sont pas réservés à la danse ou à la performance, et où justement pour cela la transdisciplinarité semble s’imposer – pas toujours avec de bons résultats ou de bonnes pratiques mais cela est une autre histoire… Ces lieux vouées à l’appropriation technologique sauvage et à la résistance politique, où souvent l’erreur est glorifiée et où l’on a l’habitude de fêter les premières lignes de code d’un néophyte, de se réjouir d’une machine presque morte qui maintenant refait du bruit ou d’habiter un réseau social qui ne sera jamais aussi stable qu’on voudrait ; de s’engager parce que les technologies numériques-électroniques ne sont pas de dons du ciel mais des produits bien ancrés dans l’industrie militaire, le furieux capitalisme et le contrôle du vivant.

Et puis il y a aussi le software et hardware libres, ainsi l’ openWetWare, inspiration de ce qu’on aime appeler la culture à code ouvert et qu’implique qu’au delà d’ouvrir les machines et les codes informatiques, notre travail et les connaissances qu’il génère doivent se lancer dans un devenir qui avec un peu de chance les sauvera de la fossilisation du copyright, violant à jamais l’impénétrabilité de l’auteur, faisant de petits bâtards partout. Je ne sais pas pour vous mais moi, je trouve cela très séduisant.

Le rapport aux médias électroniques dans mon travail est donc nourri de cela, et ma pratique est hantée par l’accumulation d’un joli lot des codes sources qui fonctionnent correctement et qui soudain deviennent inutilisables, car écrits par une personne qui a quitté à jamais le projet en les laissant mal documentés, ou écrits d’une façon trop personnelle pour que quelqu’un d’autre puisse s’en servir. Je me souvient aussi de codes qui marchent parfaitement sous linux dans une vielle machine et ne répondent pas sur un mac à cinq processeurs. J’ai eu aussi de la musique jouée en direct qui ne peut plus faire partie de l’œuvre puisque le compositeur est parti vivre à Madagascar. Et des archives corrompues dans une séquence d’images qui devient irrécupérables car la source se trouvé dans un compte Youtube qui a fermé, et je n’ai plus de copie après que le disque dur soit tombé de la table en se taisant pour toujours. J’ai fait aussi de performances via streaming pour me rendre compte à la fin que l’appareil censé les enregistrer était débranché. Etc., etc.

Alors que faire avec tout ses accidents qui déconstruisent à jamais la pièce, qui font d’elle un artefact archéologique avant terme? Il faudrait tout réécrire ? Arrêter de jouer la pièce ? Remplacer le morceau qui manque ? Engager un autre compositeur ? Peut-être dois-je juste laisser l’erreur couler, exhiber le vide comme dans une antiquité qui n’a pas encore été restaurée ? ou faut-il attendre que cela devienne « vintage », « fétiche » et donc « tendance »?

Devenir zombie, une clef méthodologique pour la recherche en art ?

Des artefacts, des matériels trop capricieux, trop éphémères, trop puissants qui s’imbriquent dans des processus de création et de recherche, c’est à dire dans un système de production de connaissances. Une matérialité qui résiste – car il n’y a pas de vers pour manger les machines – et qui cependant semble avoir du mal à trouver sa place pour tisser la mémoire sans la fixer, sans qu’elle perde sa capacité performative.

« En somme, les « médias zombies » renvoient au fait que la quantité de matériaux toxiques et dangereux pour l’environnement qui composent les artefacts technologiques des médias engendre des déchets qui posent un problème environnemental énorme, un problème de vie. En ce sens, les médias ne meurent jamais ; ils peuvent être abandonnés, devenir obsolètes, mais ils ne meurent pas. Ils reviennent nous hanter sous les traits de la crise écologique. D’autre part, de façon plus positive, les « médias zombies » rendent possibles la réutilisation et le remixage, et permettent de repenser les médias anciens pour produire de nouveaux assemblages, idées, dispositifs et usages. Ainsi nous suivons l’intérêt expert de Garnet Hertz pour la culture du bricolage (Do it yourself, DIY) – faite de bidouillage de circuits et de piratage de matériel – et nous l’articulons à la façon dont de telles pratiques peuvent relever de l’archéologie des médias – des médias anciens transformés en nouveaux médias ».1

Je considère que la notion de « médias zombies » développée par Hertz et Parikka ouvre des pistes à explorer dans mon travail mêlant recherche et création. Je ne fait pas seulement référence au bidouillage des appareils pour leur donner une « seconde vie » mais j’imagine prendre ces « vestiges » littéralement comme des « objets à penser » en les intégrant activement dans des processus de réflexion et de documentation qui puissent mettre en évidence le complexe système de production de connaissances et de création auxquels ils ont participé. Je parle donc de contempler, observer, réfléchir, s’arrêter par moments de produire des pièces ou de les recréer, afin extraire ce qu’elles ont à nous dire au-delà de “l’objet artistique” pour partager ce que nous arrivons à saisir.

Une autre avantage de ce « devenir zombie » est de changer l’emplacement des mines tout en faisant écho à la matérialité des nos machines. Il s’agit de creuser dans nos corps, nos expériences, notre intuition et nos exercices de pensée. Par exemple, à la manière proposée par l’artiste chilien Cristian Espinoza qui, empruntant cette phrase aux alchimistes, appelle à “l’extraction minière céleste“2 :

« Notre civilisation électromagnétique a rempli tout l’éther d’émissions qui rebondissent jusqu’à l’infini, tissant l’invisible dans toutes les directions, pénétrant tous les systèmes nerveux des organismes et les utilisant comme surface d’enregistrement, comme des bandes magnétiques qui s’écrivent et se ré-écrivent une fois après l’autre. Mais qu’est-ce qui reste inscrit dans les corps ? Et quelles psychokinésies3 sont-elles trainées par ce magnétisme qui ondule dans l’invisible ? » 4

Ce travail est cependant un travail lourd, aveugle, souvent non inclus dans la valeur commerciale de l’œuvre et chronophage, mais il peut nous aider à réduire notre volume de production, et peut-être contribuer à briser l’idée d’une progression collective et pleine de clichés d’époque dans l’histoire des arts dits « médiatiques ».

Si moi ou d’autres prenons cette voie, il nous faut tenir compte de celui qui est en face, celui à qui l’on s’adresse. Nous allons donc devoir documenter et libérer le code source de l’œuvre, ses conditions de production, sa généalogie, ses accidents, ses difficultés. Sans se soucier de la survie de « l’œuvre d’art », changer de medium et peut être passer par la parole pour contribuer par un autre mode à élargir la conscience, la perception et la pensée de notre espèce. 

Voilà un détour qui donne la possibilité d’altérer toute la chaîne de consommation en réduisant peut être notre exigence de matériaux toxiques, rares, extraits dans de méchantes mines à ciel ouvert, là où nous n’allons pas, même si la terre, l’atmosphère, les sols, les micro-organismes et l’eau connaissent mieux que nous ce que veut dire circuler. Un pari comme un autre, mais à mon humble avis assez nécessaire si on pense en termes post-anthropocentristes.

Octobre 2014

(Ce texte fait partie de ma présentation lors des Journées d’Archéologies des média Pamal, DatAData, nhumerisme ENS amphi Descartes Lyon-France.)

1Paloque-Bergès Camille, Traduit par Turquier Barbara « Pour une archéologie des virus. Entretien avec Jussi Parikka », Tracés 2/ 2011 (n° 21), p. 235-247 http://www.cairn.info/revue-traces-2011-2-page-235.htm.

2Vérifier note

3« La psychokinèse ou psychokinésie (PK) est l’hypothétique faculté métapsychique d’agir directement sur la matière, par l’esprit. C’est un mot introduit par Joseph Banks Rhine (…) » https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychokinèse

4Espinoza Cristian, PROYECTO RUIDO DE FONDO
RF_1.1. Minería Celeste. Publiée dans le blog de l’artiste le 12/07/2015, Fragment traduit de l’espagnol par mes soins. https://fabulasmecanicas.wordpress.com/2015/06/12/rural-scapes-rf_1-1-mineria-de-ruidos/

basic transmutation (first ideas)

Basica_Transmutacion_Aniara

 

The perception of fragrance creates a deep chemical sense of immediacy in the body which somatically integrates more distant optical and acoustical senses in the synesthetic experience. Because of its chemical (molecular) immediacy, fragrance gives a sense of the immediate present, of being in present time. Within the context of shamanic thought, present time is the optimum window in which to effect a change in consciousness. It implies a state of total attention and awareness.”

Perfumeros and the sacred used of fragrance in Amazonian Shamanism. Jhon J. Steele The smell culture reader, Edited by Jim Drobnick

Cosmetic industry goes hand in hand with the pharmaceutic and food ones. All three infiltrate our bodies, modifying, conditioning, healing and sickening them. Are we to forget how to take care of ourselves, perfume, heal without any silicon or mineral oils, without any patents on plants, without any parabens, Sodium Lauryl Sulfate, Nitrosamines, DEA, MEA, TEA …?

My proposal is to realize a performance-research focusing on the flowers, leaves, roots, resins, stems and fruits used for cosmetics or medicine, which can be foundt in the places we will be visiting with the Transformer. Thus learning from the knowledge of these matters among the local population.

Learning through dialogue. Walking around, identifying plants, making a plant collection. Inscribing ourselves in those gaps between botanics and cosmetics, popular medicine and magic. Learning recipes. Being grateful for the knowledge shared through gestures of basic alchemic transmutation and performative actions reenacting that richness.

We will collect plants, saps and resins. With fire, water and a homemade still (using a pressure cooker or other DIY solutions) we will extract hydrolates and essential oils from those plants. With a mortar we will make powders and pastes. We will macerate with oil and alcohol. Mixing, macerating, boiling. Bottling, storing, distributing. To develop performances in which smells – “the souls of the plants” – would convey the experience. To compose landscapes and olfactory fragments inscribed in the territory. To remember local medicine which operates through skin and smell. Chasing away mosquitoes, soothing burns, awakening the senses.

As an analogy to our subtle relationship with plants, we will propose actions where stimuli anterior to the visual ones will be prioritized. Looking at each other only as a means to be together, smelling aromas, feeling slightly annoyed, traveling through time. To notice the power and the ancestral/popular knowledge, through gestures reminding us that this know-how should not replicate the fate of the alchemists “The obscure and secretive writings of the alchemists was used as a case by those who wished to forward a fraudulent and non-scientific opinion of alchemy. In order to protect the developing science of modern chemistry from the negative censure of which alchemy was being subjected, academic writers during the scientific Enlightenment attempted, for the sake of survival, to separate and divorce the « new » chemistry from the « old » practices of alchemy. This move was mostly successful, and the consequences of this continued into the 19th and 20th centuries, and even to the present day..”1

This project also aims at questioning, from the perspective of our performances, two major topics in media art : immersion and interactivity. We will try to position ourselves on the edges of the commonly assumed notion of immersion, which reduces it to a post-cybernetic relation where an automated tautology makes us apparently communicate with ourselves rather than bring us to meet the Other. The idea here is to conceive situations where the idea of immersion would not be associated to visual stimulation, but rather to other sensitive vectors such as touch or smell. We will be able to reconstitute gardens inside little bottles, to improvise lectures while burning fragrances, to massage each other, to make poultice, to set up a shop for personalized perfumes, to tell stories on scented paper, chase away evil spirits and raise good ones. We will try to build an alembic with recycled material and spread this form of distillation.

We will do all of this or none of this, the idea being that the territory and the people met make visible what we will be creating all together.

Traduction Pedro Jiménez Morrás