Against witch/washing. (titre de travail)

Miroir_d_obsidienne

 

Pièce et publication en cours de création tout au long de l’année 2019

« They (the witches) were already “cyborgs”. They could manipulate signs, symbols, objects and bodies to effectively transform the world using chemists and its possibilities to change mental capacities, or by means of formulated laws and read statements, of new narratives about new realities, of body interventions that changed its functions, of sexual practices able to create non-normative identities … Their spells were effective, and nowadays they are labeled as art, politics, philosophy, technic, science, sexuality… »
The witches are non women (1)
Quimera Rosa

On pourrait, ou pas, ajouter bien des choses à l’abondante, essentielle et récente littérature féministe autour de la figure de la sorcière. Toutefois, avant que la sorcière  ne soit domestiquée, ne devienne absolument #tendance et que toutes nous allions nous munir chez Sefora(2) de kits de sorcellerie, je souhaiterais exprimer tous mes remerciements à celles qui font des recherches sérieuses(3) et rigoureuses pour tenter de réveiller la mémoire et de raviver, afin de lui rendre justice, ce génocide qui n’est pas encore terminé: celui qui annihile les corps et les savoirs situés, hors des normes et des conventions, ces savoirs qui sont au cœur du féminin, du marginal, de l’indigène , de transpécifique, du non-binaire, non blanc, non-hétéropatriarcal.

Le savoir sorcier englobe aussi bien des rapports de grand intensité avec le corps, son anatomie et sa physiologie, que des savoirs botaniques, chimiques et médicaux. Ces éléments structurent la pratique de la sorcellerie autour de la proprioception, car l’auto-expérimentation est de mise. Cependant, pour la sorcière il est tout aussi important de connaître l’environnement dans lequel elle évolue, afin de développer des stratégies relationnelles transpécifiques auxquelles on tend à donner le nom de « magie », même s’il s’agit dans les faits de pratiques tout aussi liées à l’écologie(4).

Dans le cadre de notre démarche, le sorcier ou la sorcière est avant tout celle ou celui qui agit avec son corps et ses savoirs en dehors de la norme établie, établissant avec le monde qui l’entoure des alliances vues comme illégitimes ou contre nature, bouleversant ainsi l’ordre de ce même monde tel que défini et mis en place par les structures dominantes de pouvoir.

Sexualité, savoirs et nouvelles alliances sont les terrains de non-contrôle, les territoires hors-normes invoqués par la figure de la sorcière.

La puissante et mystérieuse sexualité attribuée aux femmes savantes a de fait largement déterminé la structure du grand livre Malleus Maleficarum(5), bible des inquisiteurs européens doublée d’un manuel d’instructions indiquant comment repérer les sorcières et les tuer. On accusait entre autres ces êtres à l’indomptable appétit sexuel d’organiser, souvent dans les clairières reculées de forêts obscures, d’énormes fêtes, des sabbats joyeux où les sorcières se livraient à toutes les formes d’aberrations sexuelles, infamies qui se rajoutaient à leurs copulations quotidiennes avec le diable ou n’importe quel autre démon.

Savoir de soi, conscience et lien intime avec d’autres espèces, autogestion de la santé et de la sexualité, celle de soi en particulier : il fallait tuer ces mélangeuses et transformeuses de plantes qui pratiquaient des avortements, des accouchements, des massages contre la descente d’organes (vessie et utérus, la plupart de temps), qui ne se mariaient que rarement, n’avaient souvent pas d’enfants, osaient vivre seules, et « volaient sur un balay » grâce à une pommade dont elles s’étaient préalablement enduit le sexe.

Avec de tels antécédents, il semble difficile d’imaginer que ces personnes qu’on appelle « sorcières » n’aient pas eu, depuis des temps immémoriaux, la connaissance du clitoris et de la prostate et de leur rôle exubérant dans le plaisir sexuel de qui les possède. Qu’il soit et ait été, au cours de l’histoire, le sujet de mutilations, tabous et d’ablations, et ce dans les contrées et les cultures les plus diverses, semble d’ailleurs être la preuve que ces organes sont en effet un de sièges du pouvoir de la sorcière.

 
Le projet

Il s’agit de créer une installation performative où les visiteurs qui possèdent un clitoris ou une prostate se verront offrir la possibilité de vivre une expérience de plaisir transpécifique.

À l’aide de plantes, de minéraux et de minéraloïdes, nous souhaitons réactiver dans le corps de chacune la mémoire de la violence castratrice qui habite nos corps et leur histoire, nos savoirs, nos sexualités. Cette réactivation vise à provoquer et à encourager la dissidence par l’irruption du plaisir dans l’espace public.

Un publication du même nom sera aussi présenté le jour de la première.

 
Le dispositif

Un cabine rectangulaire blanche (4m x 3m x 2, 35m) est dotée de murs translucides qui agissent comme des écrans, sur lesquels sont projetés des images de fragments de corps végétaux : feuilles, racines, épines….

L’installation peut être expérimentée par une seule personne à la fois. Elle pénètre à l’intérieur de la cabine en laissant ses chaussures à l’extérieur.

Une fois à l’intérieur, elle enlève le bas de ses vêtements. Des plantes séchées se trouvent près d’elle ; elle en prend une poignée puis monte sur une plateforme tournante sur laquelle est installé un fauteuil. L’assise de ce dernier comporte un trou qui en occupe la plus grande partie. Elle jette la poignée d’herbes sur des pierres chaudes situées au fond de ce trou. Lorsque les herbes commencent à fumer, elle s’assoit puis attache autour de sa taille un tissu qui entoure le fauteuil. La plateforme commence alors tourner, projetant sur les parois translucides, pour les visiteurs restés à l’extérieur, l’ombre de la personne en train de se faire une fumigation génitale.

Un travail sur la lumière permettra de démultiplier son ombre en plusieurs tailles et selon plusieurs angles sur les écrans. Agissant en symbiose visuelle avec les images des plantes, ces ombres composeront le paysage visuel de l’installation.

La personne enveloppée par la fumée très odorante des plantes pourra observer tout autour de la cabine le cinéma qu’elle aide elle-même à construire. En même temps, elle découvrira des séquences sonores qui décomposent l’espace de manière très focalisée. Cette musique sera inaudible à l’extérieur de la cabine.

Après un moment, la plateforme s’arrête et la fumigation prend fin. La personne descend et se déplace vers une autre chaise, celle-là munie d’un repose-pied au centre duquel se trouve un miroir d’obsidienne. La personne est implicitement invitée à s’assoir avec le miroir entre les jambes. La lumière est tamisé et son ombre n’est plus projeté.

A côté de la chaise se trouve une petite table avec une dose de pommade préparée à base de plantes à la réputation aphrodisiaque, pouvant sans danger être appliquée sur les muqueuses. La persone pourra enduire sa vulve y compris son clitoris avec la pommade, elle peut aussi de temps en temps se regarder dans le miroir.

La personne sort quand elle le veut.

 

Fumigation:

La couverture de santé en médecine allopathique et les service de type sécurité sociale sont très chers, et de surcroît déficitaires, dans l’archipel Indonésien. C’est sans doute pour cela que la médecine indigène à base de plante médicinales et de massages y reste très vivante. Dans chaque ville indonésienne, on trouve des stands de rue qui proposent des préparations censées soigner tout type de mal. C’est ainsi que j’ai découvert, lors d’un voyage à Java, les fumigations génitales appelées Ratus, indiquées aussi bien pour prévenir le cancer du col de l’utérus que pour soigner ou calmer les symptômes des divers désagrément gynécologiques.

La forme galénique du Ratus reste tout à fait singulière, car les principes actifs montent avec la fumée dégagé par les plantes en contact avec du charbon brûlant, plutôt qu’avec de la vapeur d’eau comme dans d’autres traditions. Le Ratus est en effet un médicament « sec », tiède et très parfumé, qui procure lors de son administration une sensation voluptueuse, décontracte les muscles, enlève l’excès d’humidité et embaume l’esprit de son parfum.

Bali, l’ancienne île des dieux, qui offre bien-être et mysticisme au sein de ses nombreux paysages tropicaux idylliques, est aujourd’hui considerée la « place to be » pour des New Age aisés et des Hippie chics. Ils y séjournent quelques mois par année, diffusant sur Instagram des photos, avec leurs bambins parfaits et leurs épouses très belles, parfois enseignantes de Yoga durant leurs heures perdues. Libérés de tout complexe anticapitaliste, ces visiteurs cherchent, avec beaucoup plus d’argent et de glamour, les promesses de transformation spirituelle teintée d’exotisme qu’ont cherché leurs aînés dans les années 60-70.

Bali est aussi un paradis pour des couples qui désirent se marier. Depuis quelques années les « V spa » ont proliféré dans l’île. On peut y aller la veille de son mariage pour préparer sa nuit de noces, garantir qu’on sera propre et parfumée, le vagin bien ferme et serré pour le grand jour. Triste destin pour une technologie aussi ancienne que d’être réduite à l’exotisme des vagins prénuptiaux pour les touristes blanches et leurs époux. Il est infiniment dommage de voir le pouvoir et le sens de telles pratiques réduits à la domestication d’un mariage blanc, romantique et hétérosexuel.

Dans le cadre de ce projet, nous souhaitons rendre hommage à cette technique, ainsi qu’aux corps et savoirs par lesquels elle est rendue possible, avant que sa signification ne disparaisse et qu’on ne s’en souvienne seulement comme d’un conseil donné par Gwyneth Paltrow, la reine du Witch/washing. Car en effet, si les savoirs sorciers autour de l’anatomie du clitoris et de la prostate, ainsi que son rôle dans le plaisir sexuel, ont disparus pendant des siècles sous le poids des « avancés scientifiques », qu’est-ce qui subsistera de ce savoir de plaisir transpécifique?

Nous composerons pour ce projet notre propre mélange de plantes à brûler. Elles seront choisies parmi les plantes traditionnellement utilisées pour leur pouvoir aphrodisiaque, leur propriétés en médecine gynécologique, leur capacité à éloigner les mauvais esprits, ou leur aptitude à ouvrir les portes de la conscience vers d’autres dimensions.
Le miroir d’obsidienne et la pommade pour voler.

“Este unguënto con que las brujas nos untamos
es compuesto de jugos de yerbas en todo extremo fríos…
el deleite me tiene echados grillos a la voluntad”
Miguel de Cervantes
El coloquio de los perros

Une réactualisation de la pommade pour voler(6), sera crée au cours de notre résidence arts-science dans la société GENIALIS à Henrichemont. Cette entreprise est dédiée à la recherche et développement des techniques pour créer des cosmétiques par des processus physiques – et pas à travers de l’ajout des tensioactifs ou d’autres produits de synthèses- à fin de conserver les propriétés organoleptiques des plantes.

Nous souhaitons travailler au plus près des profils biochimiques des plantes choisies, permettant dans les écosystèmes, les communications interspécifiques avec le monde végétal. Même s’il s’agit d’une démarche spéculative, notre pommade, dans la généalogie du parfum, se trouvera au carrefour de la science, de la technique, de l’art et de la magie. Le parfum possède en effet une parenté historique avec la médecine, mais aussi une dimension magique ancestrale, philtre d’amour, talisman capable d’éloigner le malheur, de provoquer la transe et d’accompagner les morts dans leur chemin vers l’au-delà.

Cette pommade et son parfum végétal, sera propice à l’auto-expérimentation et le plaisir : quel sens y a-t-il en effet à parler du clitoris sans le toucher?

Dans le siège pour l’onction se trouve aussi un miroir d’obsidienne. Ce minéraloïde d’origine volcanique, dans les cosmovisions méso-américaines, représente la nuit, l’inconscient, ce qui est caché, mais qui, comme la Lune, reflète la lumière lorsqu’il fait noir… Placé entre les jambes de la personne qui réalise l’onction, le miroir lui permet de regarder, d’admirer, de contempler sa vulve, dans le reflet noir de la pierre polie.

Dans cette installation, on invoque l’obsidienne selon des modalités fort éloignées des « cercles de femmes »(7) -encore une récupérations du type witch/washing- de plus en plus présentes sur toute la planète, où, le miroir d’obsidienne, la jupe ou le tabac sont utilisée à des fins assez essentialistes additionnant à tout va reproduction et binôme indisoluble nature/femme. Ces tendances, qui mélangent divers éléments des cultures amérindiennes s’éloigne, par leur exaltation de l’amour et du « féminin sacré », de la colère et l’action disruptive propres à la sorcière et à ses sabbats. Ici, le miroir reflète la beauté de celle ou celui qui prend et transforme sont plaisir sexuel en bombe antipatriarcale, et qui, regardant sont clitoris, a aussi une pensée pour sa prostate, et pour les rivières de plaisir qu’elle fait couler.

Fanzine:

Une publication sera associe à cette installation performative, dans la suite de la publication « Devenir plante sorcière machine, transhackfeminisme gynécologique en Joyeuse dystopie ». réalisée autour de la performance du même nom à Click Festival 2017.

Against witch/washing (titre de travail) est un projet d’Aniara Rodado en Coproduction avec la plateforme d’art visuels de Bourges ENSA, Bandits-Mages et Emmetrop et La Chaire arts & sciences de l’École polytechnique, de l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs-PSL et de la Fondation Daniel et Nina Carasso et beneficie d’un accueil en résidence en entreprise avec le soutien du ministère de la culture et la société GENIALIS à Henrichemont. Reste de coproduction en cours.

Pièce et publication en cours de création tout au long de l’année 2019

 

1-Quimera rosa, http://quimerarosa.net/text/the-witches-are-not-women/

2-http://www.thefashionlaw.com/home/sephora-is-being-called-out-for-cultural-appropriation-by-a-bunch-of-witches

3-Pour citer 3 classiques: Federici Silvia, Caliban et la sorcière: Femmes, corps et accumulation primitive.
Starhawk, Rêver l’obscur: femmes, magie et politique.
Ehrenreich Barbara, English Deirdre, Sorcières, sages-femmes et infirmières: une histoire des femmes et de la médecine
On peut aussi lire le livre très bien documenté de la journaliste Mona Collet, Sorcières: La puissance invaincue des femmes

4- On pourrait nommer ici une pratique de régulation écologique amazonienne: Eclatement du « moi » du Chaman, via l’ingestion d’une boisson à base de plantes, dont l’Ayaguasca, à fin de pouvoir parcourir dans le corps d’un Jaguar tout le territoire et vérifier les éventuelles déséquilibres écologiques, car seul un prédateur omnivore et sélectif comme le Jaguar peut savoir où les ressources commencent à se fatiguer.

5-https://fr.wikipedia.org/wiki/Malleus_Maleficarum

6-dont on peut d’ailleurs se procurer quelques exemplaires sur Easy, mais à frotter sur les tempes, les poignées ou le troisième oeil…wicht/washing?

7- Pour un regard plus approfondie sur ce phénomène, Rodado Aniara Hacking de alto nivel: Meterte el cosmos en el cuerpo https://hysteria.mx/hacking-de-alto-nivel-meterte-el-cosmos-en-el-cuerpo/

Notación y transmisión del movimiento de un eucalipto y de una ruda. Hacia una danza post-antropocéntrica

Desde 1896 gracias al botánico Wilhelm Pfeffer y sus primeras imagenes del movimiento de las plantas, realizadas con la técnica del time lapse (cronofotografia), se empezó a romper la idea según el cual solo los animales podíamos movernos, argumento muy usado en la época para afirmarnos superiores a los vegetales .

En este devenir planta, durante la residencia ABBAS en C3A he estado explorando pistas coreográficas y de análisis y notación del movimiento de una ruda y un eucalipto.  Confrontando mis observaciones y las particularidades del cuerpo vegetal, a las bases de la notaciòn Laban, he podido observar las nociones antropocentricas que la danza « academica » vehicula y reproduce.

Esta investigaciòn sigue abierta, por ahora un video que reproduce 5 dìas en la vida de un eucalipto y una ruda, y una hora de « quietud » en la nuestra.

4 dìas en la vida de un Eucalipto y una ruda. from aniara on Vimeo.

Una hora de inmobilidad en nuestras vidas y 5 dìas en la vida de una ruda y un Eucalipto from aniara on Vimeo.

notas postRuralScapes

aniaraRural                                                                                                 Photo Cristian Espinoza CC BY 2.0

Antes

En abril de este año tuvimos un momento de efervescencia en la residencia 0Camp-Antropocene or not? Durante una semana nos encontramos en Nantes y flotamos en el Lieu unique varios de los residentes que durante los primeros 6 meses de este 2015 trabajamos por separado, en mi caso sobre Transmutación de Base, el mismo proyecto que traía a RuralScapes. El Eucalipto, el tremendo texto Staying with the trouble: Sympoièse, figures de ficelle, embrouilles multispécifiques de Donna Haraway, Byron el perro que acompaña a Maja Smrekar y el compromiso político feroz y alegre que Jonh Jordan e Isabelle Fremeaux tienen con lo vivo, se metieron en mis maletas antes de viajar a la fazenda Santa Teresa.

Para mí RuralScapes era hacer comunidad efímera y afín, estaba influenciada por el libro “Los Senderos de la Utopia” escrito por Jonh e Isa1. Se trata de un libro donde prima la conciencia de nuestra responsabilidad en la crisis ecológica actual y que lejos de glorificar una utopía lejana, perfecta y a futuro, nos lleva a recorrer experiencias europeas de comunidades anticapitalistas, defectuosas, vivas y complejas que resuelven, cada una a su manera, el entramado asfixiante y triste de nuestras ciudades y sus modos de vida estandarizantes.

Mientras leía el libro, resonaba en mi cabeza una conversación había tenido con Isa sobre el proyecto comunitario que ella, John y varios de sus amigos empezaron hace un par de años “El campo es muy duro, hay demasiado trabajo y después de dos años de habernos instalado en Bretaña nos damos cuenta que somos urbanitas y que se nos está acabando la luna de miel, ahora el proceso es otro”.

Ahí

Últimamente esto de la utopía me persigue, unos meses antes tuve la oportunidad de explorar las nociones de utopía, comunidad y red tomando como pretexto la colonia de Monteverita y en mi delirio ficcionado terminé en Brasil gracias a un mix salvaje de los manifiestos Cyberpunks en digestión de manifiesto antropófago2. Adoro los pastiches y este terminó siendo adivinatorio, porque era exactamente eso lo que sucedería en esas dos semana de residencia: todo se me iba a mezclar, me iban e iba a digerir, a grotesquisar y partes de mí serían alegremente vomitadas mientras bebía la sopa de esos días. Por suerte.

Llegué a la Fazenda con ganas de luna de miel. Con miles de actividades imaginarias para hacerme feliz. Como una mata de invernadero transplantada en nueva y negra tierra. Con todos mis clichés del campo verde y lleno de plantas aromáticas que harían de mi proyecto un jardín del edén. Miraba a mis compañeros de aventura como si fueran abono para mi proceso. Todo eso se parecía demasiado al retiro espiritual sin crisis, a la villeggiatura…

La casa es linda y cómoda, el campo es bellísimo y salta a la vista que Rachel y Rafa han trabajado apasionadamente en este proyecto. Dona Cida es una maga que nos nutre y cura; los productos que ella transforma son dados por la tierra que rodea la cocina. Ze minero -quien se ocupa de la finca- va distribuyendo conocimiento y apoyo con rudeza y alegría. Mientras duró la residencia no toqué ni un solo billete o tarjeta o lo que sea que represente dinero3. Me convertí por fin en una buena salvaje.

¡Qué maravillosas condiciones para el fracaso de mis proyecciones! Hablo de post-antropocentrismo y no paro de querer orquestar todo lo que me pasa. Por suerte la Fazenda Santa Teresa rápidamente me mostró que es un campo de producción bobina, bien integrado en un sistema económico que exige un tipo de relación particular con los animales, con los empleados y con el paisaje, y que las exigencias de productividad, cualquiera sea su escala, determinan el territorio y lo que allí sucede.

Nosotras

Sin tener que gestionar ninguna parcela prosaica de nuestra vida, nos dedicaríamos al lujo extremo y a la terrible responsabilidad de hacer arte. Estábamos en un florido tiempo para la creación. La clave era dejar fluir la investigación y hacer eco en la vida que allí hierve, con los otros humanos y con nuestros propios límites. Casi nada.

Cada uno de mis compañeros estaba muy comprometido con su proyecto y todas teníamos plena conciencia del privilegio, tal vez por ello el tono de la residencia era tan alto: El ambiente estaba cargado de electricidad afectiva, sin manierismos y bastante desnudo. Fuimos capaces de contener y de desbordar. Hubo excesos, fatigas y endorfinas, un constante flujo de contaminaciones e intercambios.

Las conversaciones giraban fácilmente entre las reflexiones teóricas, las dudas técnicas frente al propio trabajo, las crisis, las euforias creativas y no tanto, así como los odios que unas y otras hemos acumulado y que nos constituyen. Ante tal nivel era importante la red de apoyo que cada día tejíamos en medio de las caminatas, los masajes, el yoga y el kung fú, las colaboraciones, los achaques y la cachaça que destila Roberto en Arellas.

Procesando

Tal vez evitando forzar o romper la simplicidad de la comunicación, fuimos un poco menos hábiles a la hora de crear espacios de diálogo más estructurados sobre nuestros procesos de trabajo. En las dos semanas que duró la residencia, solo una noche nos reunimos todos alrededor de la mesa en ejercicio descriptivo y reflexivo, fue un momento de gran interés, donde comprendí una serie de elementos que flotaban por ahí tanto en relación con mi proceso, como en relación al proceso de los otros.

Un único evento de este orden me parece sintomático, como si de alguna manera no hacer el esfuerzo de comunicar a otrxs lo que nos hace pensar en nuestras exploraciones, subestimáramos los procesos de investigación inherentes a las prácticas artísticas experimentales y transdisciplinares.

Pareciera que olvidamos que casi siempre nuestras exploraciones, por su empirismo y rigor creativo, arrojan luz sobre el vasto campo del saber demasiado colonizado por quienes piensan que “hacer” se opone a “abstraer”, que pensar requiere una técnica específica o que verbalizar lo que se hace, es de alguna manera matarlo. Tengo la impresión que así contribuimos a que la investigación en arte se quede en conocimiento menor, sin mesurar que su ausencia solo contribuye a disminuir los relieves del pensamiento, a que el mundo sea más plano, menos rico en singularidades.

Por otra parte, en nuestro agarre con las tecnologías, terreno común a todos los artistas de esta edición de RuralScapes, pareciera que -a pesar de que todos hablemos de hackear, y aunque el uso que hacemos de las tecnologías sea marginal, DIY o zombie4– nos asustáramos y no tuviéramos ganas de estructurar y tomar la palabra para decir algo más que eslóganes, en vez de nadar hondo y ser intensos en eso de alborotar la ciencia, la academia, la filosofía, la escritura. Otro prejuicio, que como todos, cierra fronteras y no solo las del arte.

Por suerte Rachel y Rafa han imaginado talleres y días de Fazenda Aberta creando fisuras en este dispositivo de investigación-creación que es RuralScapes. Estos accidentes rompen y dan ritmo al necesario pero peligroso ensimismamiento en nuestra vida de residentes. De manera espectacular los 3 días de Fazenda aberta y los talleres realizados en San Jose do Barreiro -con su anárquica abundancia de niños y abuelos, vehículos de deseo y tremendas experiencias de alteridad- nos obligaban a cuestionar nuestros saberes y modos de recepción y transmisión. A ellos debemos agradecer el habernos permitido ver lo difícil que resulta no transformar una muestra de proceso en espectáculo o en demostración de proeza técnica, o mutar la experimentación que supone hacer un taller, en paradigma.

También estaba Manu registrando con su cámara y seduciéndonos con su aguda sonrisa y sus preguntas, y Ananda, quien con su diálogo individual con cada artista y su rol de crítica en residencia estimulaba y recopilaba los fragmentos que dejábamos caer. Luego vino Luciana a cuestionarnos cuando ya estábamos en etapa avanzada de nuestro proceso invitro, trayendo con ella aire de afuera, desenmascarando micropolíticas y estrategias de creación en situación de laboratorio. Ellas dando luz y desequilibrando los saberes que los artistas parecemos esconder como si fuera un tesoro que se desvanece en contacto con xl otrx o, por el contrario, un subproducto vergonzoso que puede sembrar dudas sobre la calidad de nuestra obra, pues es bien sabido en las lógicas binarias que nos matan, que los artistas crean, no piensan…

Accionando

Entre mi veleidad de buena salvaje, las ganas de tomarme utópicamente todo el oxígeno que me falta en la vida de ciudad y la ambiciosa pretensión de devenir planta, encontré en la huerta de la casa el lugar que determinaría mi trabajo.

Desde el primer día caí rendida ante la nostalgia de los limones-mandarinos de mi infancia que explotaban en el primer árbol que te encuentras al llegar al huerto. Y aun sabiendo que las moléculas odorantes del limón prefieren liberarse bajo la presión a frío de sus cáscaras y no con el vapor condensado de la destilación, decidí trabajar con él. Es un olor que asocio al trópico, a lo híbrido, que me relaja, abraza, refresca y me hace salivar.

El segundo árbol escogido era un Mango joven y poderoso, bien instalado junto a la corriente de agua que bordea el huerto. Adosada a su tronco estaría los siguientes 15 días. En él Instalaría mi máquina de olores, y el Mango sería perfumado con el olor de los frutos del limonero vecino.

Con esta superposición quería hacerle un guiño a la noción de realidad aumentada tan manida gracias a los teléfonos celulares y otros lentes que acumulan una simulación pixelada sobre otra realidad pixelada, pero también era un primer intento de poner en evidencia una de las ideas que deseaba explorar: que una cosa está siempre ligada a otra cosa, ¡Lo cual no quiere decir que todo este ligado a todo!5

Ahí estábamos, árboles, líquenes, pedazos de plástico, agua, metal, olores, gallinas, compost, perros, artefactos, viento, fuego, yo y algunos otros humanos. Diversos cuerpos a diversas escalas para generar un ecosistema jardín temporal.

Árbol-Danza

Un árbol de mango. Sus raíces superficiales como un tronco rastrero habitado por insistentes y despeinadas plantas. Sus ramas salpicadas de bromelias. En estos días quisiera ser para este árbol como una de ellas, plantitas despeinadas, rizomatosas o estoloníferas. Engalanarle más que parasitarle. Coexistir. Pero premedito, pretendo. No sé hacer de otra manera. Observo, pero no sé muy bien cómo hacerlo. Demasiada estabilidad disfrazada de inmovilidad. Deseo decir que el árbol no se mueve y miento, soy idiota. Me siento limitada por habitar un cuerpo reducido, pobre.

Gravedad y presión de los líquidos que por él circulan. Imaginar, tratar de sentir el tránsito del líquido cefaloraquídeo subiendo y bajando por mi espina dorsal. No sentir nada, ser incapaz de cualquier analogía entre el cuerpo del árbol y el mío. ¿Cómo evitar sentirme cómoda cuando veo una rama que me hace pensar en la forma de mis vértebras? No mover la cabeza mientras observo la flor roja en la copa de ese árbol. Ser dura y leve, quebradiza y flexible. No exagerar el roce del viento sobre mi nariz. Imaginar que hago esto durante 12 horas seguidas.

Crecer hacia abajo y hacia arriba. Eso se supone que lo entiendo. Crecer al mismo tiempo entre la tierra: dulce, fina y persistentemente. Crecer hacia arriba penetrando el aire: dándole duro y dejándose, dejándole espacio. Abrirse al máximo para tragarse el sol. Ser rodadero y ascensor del agua, ella que va y viene cambiando de estado en permanencia.

Fuego-Danza

En transmutación de base tener problemas con el fuego es algo serio y eso es lo que me pasa. Es apagar el sol que determina el ciclo del agua e impedir un proceso de destilación como el que deseo hacer. En consecuencia tengo dificultades con los aromas que están ausentes siendo ellos el alma de mi jardín. Es como si el jardín que imagino se hubiera inundado. Nada más al empezar, mi naturaleza entra en crisis. No me obedece. El viento sopla demasiado fresco y mis pobres lumbres no calientan nada los balones de destilación. Los días pasan y las cáscaras de limón empiezan a pasar de naranja oscuro a verde raro. Nada huele y sin olores mi cuerpo se petrifica aun más.

Aparecen los amigos y Cristián me recuerda que en este proyecto la alquimia o la brujería no son solo referencias a ciencias denostadas, que el dispositivo mismo de la instalación hace referencia a estas prácticas. Juntos repasamos dibujos y textos que nos recuerdan que no hay alquimia sin horno alquímico, ni brujería o chamanismo sin fuego sagrado.

Entonces en vez de dedicarme a trabajar desde mi cuerpo en relación con los olores de las plantas, tengo que mezclar agua y tierra. ¿El fuego me está obligando a enraizarme? ¿A echar raíces? Exploro metiendo las manos dentro del barro y la boñiga. No meter los pies, no plantarme ni enterrarme, tratar de penetrar la tierra como si mis dedos fueran raíces, luego solo dar forma y sacarlas. ¿Qué es esta orgía de elementos que me obliga a invertir mi pobre geografía antropomórfica?

Alien(s)

Los días pasan y en contacto con las señoras que vienen al taller vuelvo a sumergirme en una gran variedad de plantas medicinales y aromáticas, en el amor que circula entre las plantas y las señoras y en las relaciones que se tejen entre esos cuerpos vegetales y humanos. Dejo el limón en el limonero y ahora quiero traer al árbol de Mango, plantas poderosas de la farmacopea local. Pero las plantas con las que trabajamos en el taller viven en sus huertas en pequeñas cantidades y en el huerto de la fazenda no hay muchas. Tampoco es fácil encontrarlas en estado silvestre, Santa Teresa es en una finca que nutre animales, sobre todo vacas y cabras. Aquí la vegetación está a su servicio y el pasto Brachiaria de origen africano reina con su enorme biomasa, consumiendo mucha agua, compitiendo y ganando territorio sobre la flora endémica.

En los alrededores hay Eucalipto, enormes bosques de Eucalipto. Árbol rentable para la industria papelera y para el floreciente negocio del Green Washing y sus plantaciones de Eucalipto-Créditos carbono. Igual que cuando estuve en Corunya y Maïté me enseñó que si bien los bosques de Eucalipto estaban deteriorando seriamente la costa Gallega, este árbol cura, calienta y crece donde nada más puede hacerlo.

Actualmente el Eucalipto es la especie de árbol más plantado en la superficie terrestre. Lo hemos puesto por casi toda la tierra para pillar y colonizar, lejos de su Australia natal, donde a ningún aborigen al integrarlo a sus artes, medicinas y rituales, se le ocurrió llamarlo árbol del capitalismo.

Un Alien, un extranjero, un migrador, un esclavo, un transplantado. Por eso debe ser que desde que empecé a trabajar sobre el terreno con Transmutación de Bàse el Eucalipto no cesa de aparecer y de hablarme. Solo con su presencia cualquier paisaje que evoco pasa de local a global. Con él entramos al jardín del próximo futuro qué no es aquel que bajó del arca de Noé por parejas para garantizar diversidad y repoblar la tierra con cada especie posible salvada de las aguas. Hoy nuestros mitos excluyen dioses patriarcales, soluciones binarias y hombres que orquestan, pues “lo humano como humus tal vez tiene futuro, si en verdad podemos cortar y picar lo humano como Homo”6.

Danza

Que el árbol de Mango acoja hojas y olores del Alien, que de la tierra que lo nutre salga fuego, que el agua suba y haga figuras con hilos, juegos de hilos, líneas y líquidos. Que el árbol de Mango lo viva como un homenaje. Que haya mezcla postapocalíptica, distópica, nuevas poéticas, alegre desorden imposible.

¿Acaso se deja un Alien instrumentalizar, controlar, colonizar separar? NO. El Alien nutre la revuelta, la agitación, la protesta. El Alien se alía. Acciona, mira para abajo y a los lados. Siderante y maravilloso paisaje. Pensar, amar, encolerizarse, cuidar. Alien, vida entre las ruinas.

Aniara Rodado

2015

1John JORDAN, Isabelle FREMEAUX « Les sentiers de l’Utopie », Éditions La Découverte, 2011

3“El tema de la codicia, la auri fames renacentista es un topos de la literatura reformadora utópica­ de la época. La avidez, que hace del dinero la medidade todas las cosas, es estigmatizada por Moro detenidamente en el primer libro de Utopía. En el dar las primeras noticias sobre las poblaciones americanas Pedro Mártir de Anglería expresa su esperanza de que hayan sido finalmente halladas gentes capaces de vivir «sin el pestilente dinero» CANTU Francesca. América y utopía en el siglo XVI, pag 65-64. Cuadernos de historia Moderna 3, 2002 Universidad de Roma Tre http://ww7.fr/e3df

4 Garnet Hertzand Jussi Parikka. Zombie Media: Circuit Bending Media Archaeology into an Art Method. https://www.academia.edu/1182981/Zombie_Media_Circuit_Bending_Media_Archaeology_into_an_Art_Method

5A propósito de esto ver T. Ingold, Lines, a Brief History, Routledge, 2007,

6 Haraway Donna Staying with the trouble : Sympoièse, figures de ficelle, embrouilles multispécifiques. Proximo a publicarse

Aniara Rodado -< básica transmutación #labRes2015 from ARCHIVOS/rural.scapes on Vimeo.

pour ceci, pour cela.

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Portraits domestiques, ex-voto vivants d’immigrés colombiens résidant à Madrid. Histoire de réussites et traverses. Poétique de l’exil, exercice d’autoreprésentation pour questionner des expériences de vie en Colombie et en Espagne, pays qu’on sent si souvent au bord du désastre…


Un film de: Aniara Rodado
Producction: Gabriel Roman
Recherche: Aniara Rodado
Photographie Gabriel Roman
Camera: Gabriel Roman
Montage: Aniara Rodado, Gabriel Roman, William Peña
Son: Gabriel Roman
Collaboration spéciale: Francisco Dorsonville, Felipe Barragan, Alejandra Duarte.

pour nous sauver on nous tue.

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Ce film explore les raisons et les stratégies mises en place par une partie importante des habitants de Genoy -village situé dans les terres du volcan Galeras, dans le sud de la Colombie- afin de rétablir le conseil autochtone plus de 50 ans après sa disparition. La fin de ce conseil (Cabildo) a marqué la fin de leur existence juridique en tant qu’indigènes mais en 2006, en réponse à l’ordonnance présidentielle qui a déclaré leur municipalité zone de désastre potentiel en raison des risques d’éruption volcanique, ils réinstaurent le Cabildo et démarrent un processus de ré-etnisation, afin de défendre leur permanence sur ces terres en tant que communauté ancestrale amérindienne de fils du volcan.


Un film de: Aniara Rodado, Gabriel Roman
Producteurs: Juan Manuel Silva, Gabriel Roman
Recherche: Aniara Rodado
photographie: Gabriel Roman
Camera: Gabriel Roman, Juan Manuel Silva
Montage: Aniara Rodado, Gabriel Roman
Son: Jose Florez
Conseil: Marta Saade, Carlos Alberto Benavides.
Musique: Los alegres de Genoy

Cholo Valderrama, le Joropo est dans la terre.

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Armando (Cholo) Valderrama, chanteur et compositeur de musique traditionnelle des plaines colombo-vénézuéliennes, nous permet de découvrir une culture vivante, évoluant loin des stéréotypes et des musées. Des traditions liées au travail de la terre, au chant, au « parrando » (fêtes) et aux jeux de langage (comme le « Cacho », réunion pour se dire des mensonges), continuent à rythmer la vie de tous les jours des gens de la plaine.

Avec son style musical particulier, Cholo Valderrama a plus de 25 ans de carrière musicale et 18 disques derrière lui, il est reconnu comme le plus grand compositeur et interprète du folklore llanero. Le talent de cet artiste colombien a été reconnu puisqu’il a reçu des prix tels que « El Florentino de oro» ou le Grammy Latin.


Un film de : Aniara Rodado, Gabriel Roman
Producteurs: Juan Manuel Silva, Gabriel Roman
Recherche : Aniara Rodado
Camera: Gabriel Roman, Juan Manuel Silva
Image : Gabriel Roman
Montage: Aniara Rodado, Gabriel Roman
Son: Jose Florez
Mixage sonore: Laurent Walgraffe
Assistant á la postproduction: William Peña
Musique Cholo Valderrama. Chants traditionnels de ordeño et de cabrestero