immersion

Aniaraimmersion

Petite contribution au dictionnaire d’arts immersifs de Bernard Andrieu et Anaïs Bernard

 Dans ma démarche chorégraphique, je souhaite interférer avec les habitudes de perception du public. Une première stratégie consiste à faire entrer le public en scène – non pas pour lui arracher des actions ou pour qu’il se sente regardé, juste pour qu’il puisse habiter le plateau. Laissant la salle vide, je tente de casser la perspective et « d’aplatir » l’espace afin de créer des environnements sans hiérarchie

où danseurs, spectateurs, machines, sons, images, capteurs, lumières, etc. se mêlent dans une horizontalité des sens: aucun élément n’est a priori plus important qu’un autre, il y a juste des alternances ou des conjonctions. Ainsi, j’espère que le public accorde moins d’importance au sens de la vue et à la pensée analytique et logique. Je stimule plutôt la peau avec de très basses fréquences, avec du vent ou de la chaleur; j’ai recours à des casques pour favoriser l’isolement et l’écoute de soi, alors qu’en même temps les corps des danseurs évoluent tout près. Des effets d’immersion sont aussi provoqués par des informations lumineuses contradictoires, par l’emploi des lunettes de soleil, en créant des espaces de pénombre où l’on peut se cacher sans quitter les lieux et vivre une sorte de promiscuité intime.


labSurlab

aniaraLabsurlab4                                                                                    Photo Fundacion Karima Colombia CC BY 2.0

labSurlab (lSl) est un scénario de convergence, dialogue, création et production de connaissances entre projets développés autour de la culture libriste, l’art, la science, la technologie et les communautés afin de tisser un réseau de réseaux à échelle latino-américaine, connectée au monde.

Au sein de ce réseau, je suis particulièrement intéressée par le partage des expériences et la construction collective des outils et du matériel théorique en rapport à nos pratiques d’arts vivants avec de nouvelles/anciennes technologies, dans le contexte sociétal du Sud élargi.

Nous avons organisé deux rencontres, la première en 2010 à Medellín au Musée d’art moderne (MAMM) et la deuxième en 2012 à Quito, au Centre d’Art Contemporain (CAC).


labSurlab Rencontres Art, Communautés, Sciences & Technologies en Amérique Latine.

Texte apparu dans MCD #62 L’Europe des Media labs écrit par Aniara Rodado pour le réseau labSurlab

 Aniaralabsurlab2                                                                                                 Photo MAMM CC BY 2.0

Juin 2010. Au Medialab Prado de Madrid se déroulent les deuxièmes rencontres LABtoLAB réunissant des labs qui croisent réflexion et pratique, recherche et production, science et nouvelles technologies, art et société, dans l’esprit de la culture libriste. En parallèle, le projet Estàrter, axé sur les échanges entre créateurs numériques colombiens et européens, présente une exposition de quatre artistes colombiens dans l’espace de création indépendant Offlimits à Madrid. Ces mêmes artistes sont également « tuteurs » durant le workshop Interactivos? organisé par le Medialab Prado sur cette même période. Une opportunité d’ouvrir ces rencontres à des institutions, collectifs, structures indépendantes d’Amérique Latine, soit une centaine de personnes réunies dans l’open space du Prado… LABtoLAB envahi par l’esprit sudaka1 !

Portés par les dynamiques de travail et de réflexions proposées par les quatre labs européens initiateurs de LABtoLAB, les participants du Sud partagent aussi leurs points de vue sur les enjeux d’un medialab : production de contenus, relations qu’un medialab tisse avec les communautés auxquelles il appartient, etc. Malgré la qualité des échanges, force est de constater que les problématiques, réalités et modes de fonctionnement en Amérique Latine nécessitent un espace de pensée spécifique. Des mots tels que « précarité », « appropriation des technologies », « participation », « développement », nous interpellent : leurs sens semblent s’effriter en y réfléchissant depuis le Sud. Une table ronde s’improvise alors avec des représentants de divers hacklabs, hackerspaces, medialabs, collectifs qui agissent à partir et pour les territoires du Sud, et le besoin manifeste de construire un réseau émerge : dans la lignée de LABtoLAB, labSurlab se présente comme une plate-forme de dialogue ibéro-américaine.

A la suite des rencontres à Madrid, le mot lab et sa définition déclenchent d’abondantes discussions sur la mailing list [[k.0_lab]] qui depuis 9 ans permet, dans le contexte colombien, de partager et organiser tous type d’activités indépendantes et DIY (Dorkbot Bogota et Medellín). Pour ouvrir le débat au-delà des inscrits sur la liste, un groupe se crée en octobre 2009 dans le réseau social N-1, initiative du collectif Lorea2 qui établit ses développements technologiques sur la base de stratégies de recherches participatives et met l’accent sur les usages et besoins des collectifs et mouvements sociaux. Dans ce groupe labSurlab de N-1, des contenus, stratégies et équipes de travail commencent à se définir, s’élaborer. Une amorce de cartographie est également réalisée avec le projet Mapasur3 pour localiser et identifier les endroits où des sujets tels que l’art, le design, les festivals, les logiciels libres et autres savoirs en relation ou non avec la technologie sont à l’œuvre.

Cette dynamique permet à labSurlab de recevoir le soutien du musée d’art moderne de Medellín (MAMM) qui inscrit les premières rencontres de la plate-forme dans sa programmation. L’initiative fait en effet écho à l’intérêt porté par le musée aux expressions culturelles contemporaines. Le MAMM est envisagé comme lieu d’accueil principal de labSurlab et lieu de dialogue avec les institutions, artistes, collaborateurs et groupes de travail concernés dans la ville de Medellín. Dans un esprit d’échanges durables, des participants de LabtoLab sont impliqués activement dans les rencontres labSurlab.

Du 4 au 15 avril 2011, labSurlab souhaite mettre en avant des temps de rencontres et échanges artistiques où il sera question de communs, de femmes et technologies, de licences copyleft, de propriété intellectuelle… De manière collaborative, des groupes de travail produiront en parallèle différents matériaux sur les thèmes des réseaux et des labs, des arts vivants, des institutions, des archives et de la documentation, des sciences et des communautés. Avec cette première rencontre, le réseau labSurlab souhaite aussi révéler des espaces de pratiques qui se développent avec des communautés urbaines ou rurales chez les délaissés d’Amérique Latine. Faciliter l’échange et décloisonner les modes de faire d’ici et là est un des objectifs. Enfin une publication sera éditée afin de valoriser et accompagner les divers processus d’organisation collaborative déjà en œuvre au Sud.

A Medellín, par la confrontation, le dialogue, l’expérimentation et la création, le nouveau réseau labSurlab activera la recherche de ses propres espaces d’actions et de représentations.

1 Expression péjorative utilisée en Espagne pour faire référence aux personnes d’origine hispano-américaine

2 « Collectif informel de personnes inquiètes pour la liberté, la sécurité et la vie privée sur internet »