immersion

Aniaraimmersion

Petite contribution au dictionnaire d’arts immersifs de Bernard Andrieu et Anaïs Bernard

 Dans ma démarche chorégraphique, je souhaite interférer avec les habitudes de perception du public. Une première stratégie consiste à faire entrer le public en scène – non pas pour lui arracher des actions ou pour qu’il se sente regardé, juste pour qu’il puisse habiter le plateau. Laissant la salle vide, je tente de casser la perspective et « d’aplatir » l’espace afin de créer des environnements sans hiérarchie

où danseurs, spectateurs, machines, sons, images, capteurs, lumières, etc. se mêlent dans une horizontalité des sens: aucun élément n’est a priori plus important qu’un autre, il y a juste des alternances ou des conjonctions. Ainsi, j’espère que le public accorde moins d’importance au sens de la vue et à la pensée analytique et logique. Je stimule plutôt la peau avec de très basses fréquences, avec du vent ou de la chaleur; j’ai recours à des casques pour favoriser l’isolement et l’écoute de soi, alors qu’en même temps les corps des danseurs évoluent tout près. Des effets d’immersion sont aussi provoqués par des informations lumineuses contradictoires, par l’emploi des lunettes de soleil, en créant des espaces de pénombre où l’on peut se cacher sans quitter les lieux et vivre une sorte de promiscuité intime.


fotograma completo principal

Aniara Faisceaux                                                                                                                                                                                                             Photo Jens Hauser CC BY 2.0

« La Colombienne Aniara Rodado, avec Fotograma completo principal, présente une des plus intéressantes performances. Le public s’installe par terre, à l’intérieur de l’espace exigu, cube composé de rangées d’écrans de projection transparents. Une danseuse est déjà au milieu du dispositif, dans une douloureuse posture toute en tension. Lorsqu’elle bouge, son mouvement anime des projections de photographies de Jenny Matthews représentant des femmes soldats. Violence des représentations et de leur impact physique et politique. Immersion, inconfort de l’assise, proximité avec la danseuse, le spectateur participe à cette modeste mais intense figuration du grand ballet des pouvoirs qui broient les êtres. Car cette décision de l’implication du spectateur par la chorégraphe est aussi politique. Lors de l’échange final, tous ces aspects seront renforcés par la volonté de parole donnée à chacun, et celle de dire que tous les logiciels utilisés sont libres et l’œuvre elle-même accessible à tous, reproductible et transformable »
Texte de Manuela Barros pour MCD

« Jeux vidéo, combats réels sur YouTube, films, publicités. Quel que soit le média, la guerre est toujours en représentation. Prix de la création au festival Bains Numériques, cette pièce audiovisuelle interactive d’Aniara Rodado, confronte le corps humain avec le son et les images de ces compositions esthétisantes, et néanmoins violentes, de la guerre.
Et joue sur les ambiguïtés entre fiction et réalité, vérité historique et création, archive et histoire privée. Troublant, éprouvant mais forcement nécessaire. »
Texte de Thierry Voisin pour TELERAMA


Concept, direction et chorégraphie: Aniara Rodado
Danseuse: Aniara Rodado (Première version dansée par Gina Castilla, David Guasgua)
Programmation et design interactif: Guillermo Casado, Luca Carrubba, Oscar Martin, Olivier Heinry
Vidéo création: Txalo Toloza, Aniara Rodado
Musique: Oscar Martin (Noish)
Scénographie: Rossella Gotti, Aniara Rodado
Construction: Yoann Cottet
Administration: Juliette Bompoint Mezzanine Spectacle

Collaboration spéciale a la création: Gina Castilla, David Guasgua, Francesca Mereu, Jay Barros, William Peña Vega.

Production Compagnie Aniara Rodado, coproduction Centre des arts d’Enghien-les-Bains, scène conventionnée pour les écritures numériques. Avec le soutien du DICREAM (dispositif pour la création artistique multimédia) NU’2S association pour la création, L’animal a l’esquena, Intermediae/Matadero, Free(k) Culture, Hangar Centre per a la producció i la recerca artística, Plataforma0 (LaBoral centro de Arte y creacion industrial)

Aniara_fotograma2                                                                                                                                                                                                                                 Photo Mathiew Soleil CC BY 2.0